LUNDI 18 MARS : ATELIER FELIX SCHIVO (1924-2006)


Félix Schivo, ou l’ouverture au monde

Sur les peu ou prou trois cents lots que compte la dispersion de l’atelier du sculpteur et graveur Félix Schivo (1924-2006), au-delà de la quantité de travail réalisé, c’est certainement son caractère polymorphe qui intrigue le plus. De grandes statues réin-terprétées de l’univers du graveur Jacques Callot (1592-1635) côtoient des bustes aux plans serrés; de petites terres cuites aux couleurs vives, figurant des gens de justice, voisinent avec des gravures où domine un noir profond et mystérieux; des dessins de paysages pyrénéens ou aveyronnais dialoguent avec de grands plâtres polychromes d’animaux ou du Mime Marceau, et des céramiques craquelées.

L’artiste explicite ce caractère polymorphe: «Je n’ai rien fait en matière d’art qui n’ait été l’expression d’une motivation profonde, d’une émotion, d’un désir de garder une trace, tout étant fugitif. D’où ma prétendue diversité et ce pourquoi le répétitif m’ennuie». Et son maître de l’École nationale supérieure des beaux-arts, le sculpteur Marcel Gimond (1894-1961), d’enfoncer le clou: «Il y a autant d’aspects d’un artiste qu’il y a de minutes dans sa vie».

Ainsi, Félix Schivo ne rechigne pas aux commandes et s’y sent à l’aise pour les statues en bronze, chacune très différente, qu’il livre à Bry-sur-Marne en 1977 (La Chrysalide); à Dugny en 1984 (Le Cri); ou à Senlis en 1989 (Monument au peintre Thomas Couture). Il fait preuve d’une science très sûre pour ses bustes, qu’il s’agisse de proches (son amie Françoise Greber, son épouse Monique) ou de personnalités artistiques (Hervé Bazin, Christian Dior): ils lui valent les éloges du sculpteur Jean Carton (1912-1988).

En outre, Félix Schivo dans sa constante ouverture au monde se plaît à échanger de manière très étroite avec d’autres artistes. Il apprend avec son condisciple aux Beaux-Arts de Paris, le sculpteur César, méridional comme lui, les techniques de la céra-mique à Fontcarrade. Il collabore à plusieurs reprises avec Jean Guillou (1930-2019), compositeur et organiste de l’église Saint-Eustache, pour des œuvres mêlant gravure et musique. Il fréquente les artisans d’art, lithographes, taille-douciers, praticiens, qui aiment lui transmettre leurs savoir-faire. S’il apprend en parallèle de ses études aux Beaux-Arts la gravure et la céramique, il se forme également au contact d’un certain «monsieur Paignant», ancien patineur de la fonderie Hébrard, qui lui livre certaines recettes secrètes. Ainsi, pour sa série de sculptures animalières, il cisèle et patine (aux acides) chaque bronze lui-même, sachant que ces épreuves ont été réalisées en une seule coulée pour la terrasse et le sujet, grâce à la technique de la fonte au sable, par le fondeur d’origine milanaise Umberto Figini.

Mais comme le souligne l’écrivain Hervé Bazin (1911-1996) lorsqu’il commente l’exposi-tion Félix Schivo à la galerie Vendôme en 1969, la technique irréprochable du sculpteur et graveur reste toujours au service des émotions qu’il souhaite transcrire.

Eve Turbat.